Appel à contribution de la revue de l'IRCAM ⴰⵙⵉⵏⴰⴳ-Asinag N° 6

   Dossier thématique:
 Patrimoine culturel matériel : les arts décoratifs

En milieux amazighophones, le patrimoine culturel mobilier est si riche qu'il est pratiquement impossible d'en cerner toutes les composantes, dimensions, formes et facettes. Aussi le chercheur est-il souvent amené à se limiter aux aspects dits ou jugés « importants », « majeurs ». Une telle démarche n'est pas sans risque. Opérer une sélection à l'intérieur de ce patrimoine mobilier pour distinguer (séparer) le « majeur » du « mineur », c'est vouloir établir au sein d'une même culture une hiérarchie inconcevable en matière d'art tant au niveau éthique qu'au plan méthodologique. Hiérarchie qui ferait écho au paradigme révolu de l'évolutionnisme conçu sur la distinction (séparation) du civilisé (supérieur) et du barbare (inférieur).

Composante intégrante du patrimoine culturel marocain, les arts amazighes participent de la catégorie d'arts décoratifs qui intègre tous les arts appliqués et les arts se référant à une industrie. Ces arts appliqués ont la particularité de recourir à trois constantes : l'une intellectuelle (savoir ancestral), les deux autres physiques (matière première et outil). Ces constantes étant réunies pour assurer, d'une part, une continuité entre le passé et le présent et, d'autre part, la transmission inter- et intragénérationnelle des connaissances acquises, l'objet prend une dimension patrimoniale indéniable.

Les objets (ou les œuvres) réalisés peuvent être soit décoratifs, soit utilitaires, avec parfois primauté de l'un des deux aspects sur l'autre. Une fois la dimension fonctionnelle perdue, ils deviennent des artefacts artisanaux attractifs par leurs aspects décoratifs, esthétiques et stylistiques.

Les produits font l'objet d'un soin esthétique minutieux sur divers plans ; entre autres : la matière première, la forme, les motifs, les couleurs et les symboles. Les objets d'art ont l'avantage de s'offrir au regard, de produire des sensations d'admiration, rarement de dédain, par leur mise en scène ou par leur emplacement original.

Des travaux sur les objets mobiliers marocains servent encore de référence dans le champ des écrits sur les productions culturelles amazighes. Cependant, ces productions sont, ailleurs, assimilées à un art « primitif » (ou à la limite de celui-ci) et, parfois, à un art « naïf » produit par des populations « à la marge de l'histoire et de la civilisation ». Les Amazighes n'auraient pas réussi à créer un art aussi « imposant » et aussi « raffiné » que celui de leurs voisins méditerranéens. Des déterminations idéologiques ont lourdement pesé sur la production du savoir sur la culture amazighe, principalement sur la culture matérielle.

Voulant rompre avec l'héritage précolonial et colonial, une tendance récente – essentiellement anthropologique – essaye de repenser les valeurs dont les communautés amazighes sont porteuses en optant pour une approche synthétique qui corrige ou écarte l'image d'une société traditionnelle folklorisée. Elle considère la culture amazighe comme une culture africaine et méditerranéenne vivante et dynamique qui suit, elle aussi, les effets de la permanence, de la recomposition et de la réinvention en parallèle avec les aspects de l'originalité et de la diversité.

Toutefois, de larges champs d'investigation dans le domaine des productions artistiques matérielles (art et artisanat) sont encore inexplorés ou le sont sommairement à des fins autres que scientifiques. Des questions sur le devenir de la culture matérielle amazighe ainsi que sa place dans la politique culturelle de l'Etat sont toujours d'actualité.

La revue asinag-Asinag dédie le dossier thématique de son numéro 6 au patrimoine culturel amazighe dans sa dimension mobilière. Outre l'essai sur une typologie des arts et de l'artisanat traditionnels, la contribution à la production du savoir sur la culture amazighe et à sa mise en valeur, le dossier vise la réflexion sur le devenir de cette culture dans un contexte de plus en plus marqué par la confrontation symbolique, les revendications identitaires, les assimilations culturelles et le phénomène de la globalisation.

asinag-Asinag  souhaiterait recevoir des contributions multidisciplinaires qui s'inscrivent dans l'un des axes suivants :

  • classification et typologie des arts décoratifs :
    • tissage et broderie,
    • bijoux,
    • ébénisterie,
    • poterie,
    • costume,
    • dinanderie,
    • armurerie,
    • autre ;
  • symboles et symbolisme dans les arts décoratifs ;
  • pérennisation du patrimoine mobilier : patrimonialisation, conservation, exposition et valorisation ;
  • arts amazighes et émergence de nouveaux courants dans l'art marocain en général (arts plastiques en particulier).

Parallèlement au dossier thématique, le numéro 6 de la revue asinag-Asinag accueillera, dans le volet   Etudes , les articles ne se rapportant pas au dossier mais qui abordent d'autres aspects de la langue et la culture amazighes. Dans la rubrique Textes , des productions en amazighe  (poésies, extraits de nouvelles, etc.) seront publiées ainsi que des comptes rendus d'ouvrages traitant d'une thématique liée à la langue et à la culture amazighes.

Langues de rédaction : l'amazighe, l'arabe,  le français,  l'anglais ou l'espagnol.

Modalités de soumission:
- L’article ne doit pas dépasser 14 pages, bibliographie comprise (deux pages pour la bibliographie). Le Guide de rédaction est disponible ici ]
- Une fiche de renseignement accompagnera l'article est disponible ici ]
- Un résumé accompagnera l’article. Il sera rédigé dans une autre langue que celle de l’article et ne dépassera pas dix (10)  lignes en Times New Roman 12, interligne simple.
- Les soumissions seront envoyées, avant le 15 novembre 2010,  par courrier  électronique à :asinag ou par voie postale à : IRCAM, Revue Asinag, Avenue Allal El Fassi, Madinat Al Irfane, Hay Ryad, B.P. 2055 - Rabat
- Notification d'acceptation des articles : 15 février 2011.