Appel à contribution - ASINAG 12 La racine dans les langues chamito-sémitiques : nature et fonction

Dans les langues chamito-sémitiques (ou afro-asiatiques), la racine jouit d’un statut particulier ; elle est au cœur de la grammaire. Pour l’étude de ces langues, la racine est un point de repère incontournable. La notion de racine est héritée des travaux des comparatistes du XIXème siècle qui lui assignent un statut théorique bien déterminé dans l’évolution historique. Les comparatistes des langues indo-européennes (Antoine Meillet, Emile Benveniste), mais aussi les sémitisants (Jean Cantineau, Marcel Cohen), par la suite, définissent généralement la racine comme étant une entité irréductible sans addition d’aucun élément de formation (affixes). Cette entité constitue l’élément commun à l’ensemble des unités d’une même famille morphologique. 

Pour les langues de type indo-européen, cette unité mono- ou polysyllabique comprend indifféremment des consonnes et des voyelles : par exemple, raison, raisonner, raisonnement et raisonnable partagent la racine raison. Dans les langues afro-asiatiques, notamment sémitiques, l’on admet généralement que les mots d’une même famille morphologique partagent une racine constituée exclusivement de consonnes discontinues, véhiculant un sens général. 

Dans le champ des études amazighes, la conception consonantique de la racine a prédominé (Basset, 1929 ; Cantineau, 1950 ; Galand, 1974 ; Chaker, 1990 ; Taifi, 1990 ; Idrissi, 2000, 2001 ; Lahrouchi & Ségéral, 2009, 2010), ce qui a marqué profondément la pratique lexicographique (Foucauld, 1951 ; Dallet, 1982-1987 ; Taifi, 1991 ; Prasse, 1998 ; Nait-Zerrad, 1998-2002 ; Serhoual, 2002 ; Taine-Cheikh, 2008 ; Azdoud, 2011 ; Oussikoum, 2013 etc.). Cependant, si les premiers travaux des sémitisants et des berbérisants ont souligné le rôle de la racine dans l’organisation du vocabulaire, d’autres, notamment Galand (1974) et Chaker (1989), ont mis l’accent sur les limites du système des racines et des schèmes d’une façon générale dans ce domaine.

Avec l’avènement, dans les années 1970, de la morphologie non-concaténative, la racine consonantique acquiert un statut de morphème à part entière, exprimé à travers les représentations multilinéaires où l’on distingue le niveau de la racine des autres niveaux morphémiques (McCarthy 1979, 1981).

Depuis, une littérature abondante s’est accumulée, établissant clairement une dichotomie entre les langues afro-asiatiques dites à morphologie non-concaténative et les langues indo-européennes où la morphologie concaténative prédomine. 

Pour les langues chamito-sémitiques qui nous intéressent ici, l’on assiste à une remise en cause de la conception  purement consonantique de la racine. David Cohen (1993) récuse de façon explicite cette conception et définit la racine en termes de phonèmes ordonnés et non plus de consonnes exclusivement. D’autres études, inspirées principalement de la théorie générative dans ses développements récents (Bensoukas, 2001 ; Dell et Elmedlaoui, 1991 ; Iazzi, 1991 ; Moktadir, 1989) considèrent que les mots sont dérivables à partir de formes sous-jacentes (très) abstraites pouvant contenir les voyelles au même titre que les consonnes. 

Quel que soit le cadre théorique dans lequel on s’inscrit, il conviendrait de mener une réflexion approfondie et étayée de données linguistiques attestées sur le fonctionnement de la racine dans les variétés de langues considérées. C’est également sur la base de l’analyse de matériaux linguistiques que l’on pourra clarifier et le statut de la racine et sa nature. Pour ce faire, certains aspects méritent particulièrement d’être exploités. C’est le cas des langages secrets dont l’analyse de la formation et de l’emploi peut apporter des éléments d’information significatifs sur le processus de transformations des mots. De leur côté, les emprunts à d’autres langues sont susceptibles d’apporter un éclairage sur le comportement de la racine, et ce à travers le processus par lequel s’effectue leur intégration morphologique.  

Par ailleurs, la dimension psycholinguistique peut être d’un grand appui dans la mesure où elle permettrait de renseigner sur la manière dont le locuteur natif accède au lexique et sur le type de structure déterminant dans cet accès (information exclusivement consonantique, structure gabaritique ou alors syllabique).

 

Pour mieux circonscrire les aspects incertains de la racine et faire avancer la recherche, la Revue Asinag souhaiterait recevoir des contributions selon les axes suivants : 

 

 - structure morpho-phonologique de la racine ;

 - traitement des radicaux verbaux et statut des voyelles ;

 - reconnaissance et représentation mentale de la racine ;

 - comportement des emprunts et leur identification au sein de familles morphologiques ;

 - racine et pratique lexicographique ;

 - racine et enseignement-apprentissage des langues ;

 - racine et traitement automatique des langues. 

 

Les contributeurs à ce numéro tâcheront de confirmer ou d’infirmer empiriquement et théoriquement l’hypothèse d’une racine exclusivement consonantique dans les langues afro-asiatiques. 

 

MODALITES DE SOUMISSION

 - Langues de rédaction : amazighe, arabe, français, anglais ou espagnol.

 - L’article ne doit pas dépasser 14 pages, bibliographie comprise. Le guide de rédaction est disponible:

    [ Le guide de rédaction ] .

 - L’article doit être accompagné d’un résumé, dans une langue autre que celle de rédaction. Il ne devra pas dépasser 10 lignes, en Times New Roman 11, interligne simple.

 

Echéancier 

Les contributions, en versions Word et PDF, seront envoyées, au plus tard, le 30 juin 2016, par courrier électronique à asinag@ircam.ma ou par courrier postal à l’adresse suivante :

Revue Asinag, IRCAM, Avenue Allal El Fassi, Madinat Al Irfane, Hay Ryad, B.P. 2055 –Rabat – Maroc 

Notification d’acceptation : 30 septembre 2016.