L’écriture en langue amazighe et autour de l’amazighe Dossier Asinag n° 15

Tout au long de l’histoire, plusieurs cultures se sont succédé sur l’aire géographique amazighe, en raison de sa position stratégique. De même, cet espace a pu forger de multiples relations d’ordres culturel, religieux, commercial et politique avec différents peuples et pays voisins, du Nord, du Sud et de l’Est. Ces atouts n’ont pas été sans contribuer à l’enrichissement et à la diversification de son tissu ethnique et culturel, que traduisent les spécificités qui transparaissent dans les éléments de la production du savoir, par le truchement de l’écriture dans différentes langues.

Dans la société amazighe, le statut des langues en usage et les fonctions qui leur sont assignées (communicative, liturgique, politique…) avaient un rôle décisif dans l’orientation de cette action scripturale. Par ailleurs, un impact non moins majeur est celui exercé par diverses institutions sociétales, religieuses (mosquées, zaouïas, médersas…), politiques et juridiques (justice, prescription Fetya, droit coutumier ’urf …), sur l’édification de systèmes d’écritures et la diversification de la production de la connaissance, au gré des contextes de l’écriture et des attentes des récepteurs.

De la diversité de ces éléments a été généré un cumul important de productions et d’écritures. En témoignent les écrits rédigés en amazighe et en d’autres langues, dans plusieurs domaines à travers l’histoire. Ainsi, durant l’ère antique, et en dépit de la rareté des données afférentes à l’écriture de cette époque, certaines sources font état de l’existence, dans l’espace méditerranéen, d’écrits dus à des Amazighes, sur divers sujets, notamment la rhétorique, la politique, la théologie, les lettres.

Des sources historiographiques sur l’époque médiévale signalent qu’un certain Sâliḥ Ibn Ṭarîf al- Bourġwâṭî (IIè. S. H./ VIIIè ap. JC.) a composé pour sa communauté un « Coran » en langue amazighe, dont il n’est parvenu à la postérité que quelques fragments traduits en langue arabe. Ledit opuscule aurait dû, sans conteste, être le plus vieux livre rédigé au Maroc. L’extension de l’Islam dans l’espace amazighe y a favorisé le développement d’une tradition de la composition et de l’écriture. Les Amazighes se sont alors intéressés à l’arabe et aux sciences qu’il véhicule, dans l’optique de la diffusion des préceptes de la nouvelle confession. Aussi avaient-ils entrepris à la fois la transcription de livres de devanciers et la composition et l’écriture en langue arabe et en amazighe, dans divers champs de connaissance (langue, exégèse, sciences du Hadîth, Sciences de base uçûl, médecine, mathématiques, astronomie…).

La pratique de l’écriture s’est poursuivie à l’époque moderne. Il a ainsi émergé de nouvelles préoccupations, telles que la confection de dictionnaires bilingues, pour rendre aisée la rédaction de documents par les magistrats, les ‘adouls, les notaires et les foqahaâ’, ou encore pour asseoir une nomenclature de noms propres, humains et géographiques, ainsi que pour désigner les organes du corps humain et son environnement. Cette dynamique scripturale a été consolidée par le développement d’un genre particulier de dissertation visant à simplifier et à vulgariser la connaissance théologique et la rendre intelligible pour les masses ; tradition connue par le terme mâzġî . Elle consiste tantôt en la composition directement en amazighe tantôt en la réécriture en amazighe des œuvres en langue arabe. Les œuvres concernées sont essentiellement du registre religieux, dont les sciences du Coran, le fiqh, le Hadîth, la tradition du prophète (sîra), la théologie, le soufisme, les psalmodies (aḏkâr), mais également d’autres de thèmes variés, tels que la médecine, la pharmacopée, l’astronomie, l’astrologie, l’agronomie, le calcul.

L’ère contemporaine a connu une nette mutation qualitative, que l’on doit à l’émergence d’élites animées par l’ouverture sur de nouvelles sciences et savoirs et par leur assimilation (lettres, arts, langues, linguistique, histoire, sciences sociales et pédagogiques…). Elles se sont ainsi attelées à la composition et à l’écriture en langue amazighe comme en d’autres idiomes ; action qui a eu un impact positif en termes d’enrichissement du paysage amazighophone en matière littéraire et scientifique.

Si, à travers leur longue histoire, les Amazighes ont pu manifestement apporter une contribution conséquente à l’enrichissement du savoir humain, comme en témoignent des indices cités par les sources et les textes manuscrits et édités, ils ont été également, tout au long de l’histoire, l’objet de recherche et d’écriture, notamment durant les siècles derniers. En effet, la langue amazighe, sa culture, ses expressions artistiques et littéraires et son espace civilisationnel, ont toujours suscité l’intérêt des chercheurs et des scientifiques de diverses nationalités et langues. Nonobstant les visées et inclinaisons sous-tendant certains de ces écrits sur l’Amazighe et sa culture, dans différents contextes, il n’en demeure pas moins que le cumul enregistré de ces écrits reste une réelle plus-value tant quantitative que qualificative, qui enrichit le champ des sciences humaines de nouvelles connaissances et approches dignes d’exploration, de lecture et surtout d’évaluation.

Dans la perspective d’une mise au point sur la dynamique de l’écriture dans le domaine amazighe à travers les différentes époques de son histoire, et pour être au fait des écrits de l’Autre sur la langue et la culture amazighe, la revue Asinag dédie le dossier thématique de ce numéro à cette question, selon les axes suivants :

- Genèse et fondements de l’écriture dans l’aire amazighe.

- L’influence des cultures venues d’ailleurs sur le processus de l’écriture et de la composition des textes autour des Amazighs, naguère et aujourd’hui.

- L’apport des Amazighes à la culture humaine.

- Les domaines de connaissance investis par l’écriture en langue amazighe et autour d’elle.

- Les thématiques ayant suscité l’intérêt des auteurs qui ont écrit sur les Amazighes et leur culture.

- Limites de l’objectivité dans les textes ayant pour objet les Amazighes et leur culture.

Modalités de soumission

- Langues de rédaction : l’amazighe, l’arabe, le français, l’anglais ou l’espagnol.

- L’article ne doit pas dépasser 14 pages, bibliographie comprise. Le guide de rédaction est disponible ici.

 - L’article doit être accompagné d’un résumé écrit dans une langue différente de celle de rédaction. Il ne devra pas dépasser 10 lignes, en Times New Roman 11, interligne simple.

Echéancier

Les contributions, en versions Word et PDF, seront envoyées, au plus tard, le 31/03/2019 30/11/2018 , par courrier électronique à asinag@ircam.ma ou par courrier postal à l’adresse suivante :

Revue Asinag, IRCAM, Avenue Allal El Fassi, Madinat Al Irfane, Hay Ryad, B.P. 2055 –Rabat – Maroc

Notification d’acceptation aux auteurs : le 31/05/2019 31/01/2019.