Mot du Recteur

 

Officialisation et institutionnalisation
de l'amazighe

 

 

L'Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) a organisé, du 15 au 20 octobre 2018, les festivités de la XVIIe édition de la commémoration du discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI prononcé à Ajdir le 17 octobre 2001.
Le discours du Souverain a édicté les orientations de la nouvelle vision de la politique culturelle du Maroc fondée sur la reconnaissance et la promotion de la diversité culturelle, et la place et l'importance de la culture amazighe dans cette vision. Le discours du Souverain a annoncé aussi la création de l'IRCAM et son rôle dans la promotion de la culture amazighe. C'est pourquoi ce discours est considéré comme un événement historique, voire un référentiel de portée nationale et internationale. Le couronnement de cette vision est représenté par l'officialisation de la langue amazighe dans l'article 5 de la Constitution de 2011 ; elle a ouvert ainsi des perspectives inédites devant  l'intégration de la langue amazighe dans les institutions.
Des projets de lois organiques sont aujourd'hui élaborés par le Gouvernement, l'un porte sur la mise en œuvre du caractère officiel de l'amazighe et son intégration dans les divers secteurs de la vie publique, et l'autre sur la création du Conseil national des langues et de la culture marocaine. Ces deux projets sont en discussion au sein du Parlement depuis  plusieurs années mais les lois afférentes ne sont pas encore promulguées, ce qui occasionne des retards importants dans la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles et bloque le processus de développement et de promotion de l'amazighe. Cela génère aussi des questionnements, des interrogations et des incompréhensions. Dans ce contexte, l'Institut royal de la culture amazighe participe au débat sur la question des projets de lois relatifs à l'amazighe. Il a, dès la promulgation de la Constitution et la formation du Gouvernement Abdelilah Benkirane (2012),  adressé au chef du Gouvernement, aux parlementaires et aux formations politiques, une note relative à sa vision quant aux projets de lois organiques annoncés dans la Constitution.
Les questions posées se rapportent à la conformité des projets de lois organiques avec la Constitution, leur consistance, leur pertinence, leur cohérence, les modalités de leur implémentation dans les institutions, les conditions de leur application, les instruments juridiques afférents, etc. Les propositions majeures de l'IRCAM concernent particulièrement le caractère transverse l'amazighe dans la mesure où il concerne l'ensemble de l'édifice des politiques publiques ; l'égalité de droit et de fait de l'arabe et de l'amazighe en tant que langues officielles ; le partage de l'arabe et de l'amazighe (langues et cultures) par toutes les composantes de la population ; la promulgation des lois organiques et des décrets
d'application afférents ; la capitalisation des réalisations de l'IRCAM dans tous les domaines, notamment la langue standard, la graphie tifinaghe ; la généralisation de l'enseignement à tous les niveaux du système éducatif, dans toutes les régions et toutes les couches de la population ; l'institutionnalisation de la langue et de la culture amazighes notamment dans l'éducation, la culture, les médias, la santé, le développement économique, la gestion territoriale ; l'élaboration et la mise en œuvre de plans stratégiques dédiés à la promotion de l'amazighe ; la mise à disposition de moyens humains, financiers et logistiques suffisants.
Il est ainsi clair que la promulgation des lois organiques et leur mise en œuvre effective comporte des défis et des enjeux inédits pour l'amazighe. D'où la nécessité d'une mobilisation positive, citoyenne et pacifique pour renforcer le plaidoyer en faveur de la vision humaniste que Sa Majesté Mohammed VI a présentée dans le Discours historique d'Ajdir.

 

Ahmed BOUKOUS